• Christine Molliet

Les 5 sens

Un jour les sens se disputèrent la première place, chacun prétendant être le meilleur. Les sens se rendirent près de Prâjapati, leur père et lui dirent :

-Seigneur, lequel de nous est le meilleur ?

Il leur dit : -celui qui, s’éloignant, met le corps en plus mauvais point, c’est celui-là qui est le meilleur d’entre vous.


Alors, la parole s’éloigna. Après une absence d’un an, elle revint et dit :

Comment avez-vous pu vivre sans moi ?

Comme des muets, sans parler, mais respirant par le souffle, parlant par la voix, entendant par l’oreille, pensant par l’esprit.

C’est vrai, et la parole reprit sa place.


La vue s’éloigna. Après une absence d’un an, elle revint et dit :

Comment avez-vous pu vivre sans moi ?

Comme des aveugles, sans entendre mais respirant par le souffle, parlant par la voix,entendant par l’oreille, pensant par l’esprit.

C’est vrai, et la vue reprit sa place.


L’ouïe s’éloigna. Après une absence d’un an, elle revint et dit :

Comment avez-vous pu vivre sans moi ?

Comme des sourds, sans entendre mais en respirant par le souffle, parlant par la voix, voyant par l’œil, pensant par l’esprit.

C’est vrai, et l’ouïe reprit sa place.


L’esprit s’éloigna. Après une absence d’un an, il revint et dit :

Comment avez-vous pu vivre sans moi ?

Comme des enfants, dépourvus de pensées, respirant par le souffle, voyant par l’œil, entendant par l’oreille.

C’est vrai, et l’esprit reprit sa place.


Alors, quand le souffle voulut s’éloigner, il entraîna les autres sens. S’empressant vers lui, ils lui dirent :

-Soit Seigneur, tu es entre nous le meilleur. Ne t’éloigne pas !


C’est pourquoi le nom commun des sens n’est pas « les paroles », « les vues », « les ouïes », « les esprits », mais les souffles.

Le souffle est tous les sens.


Traduction Emile Sénart - Brhadaranyaka upanishad